L’air que nous respirons
L’atmosphère ne connaît pas de frontières. Dans son message d’ouverture, la Secrétaire générale de l’OMM, Celeste Saulo, revient sur le rôle de la coopération scientifique et des observations soutenues, qui nous permettent de mieux comprendre l’atmosphère et de nous préparer aux défis qu’elle pose.
- Author(s):
- Prof. Celeste Saulo, WMO Secretary-General
L’air est tout autour de nous. L’oxygène qu’il contient nous maintient en vie. Sans lui, la vie sur Terre ne serait pas possible. L’air détermine le temps qu’il fait, donne leur forme aux nuages et amène la pluie, vitale pour l’agriculture et pour les populations. Il est omniprésent et ne connaît pas de frontières. Pourtant, il peut aussi être nocif. Il charrie des polluants et des gaz à effet de serre, de même que des particules fines de sable, de poussière et de fumée. Les processus chimiques qui s’y déroulent peuvent dégrader la couche d’ozone ou produire des agents néfastes pour la santé et pour les écosystèmes.
La science de l'atmosphère est donc d’une importance vitale. Elle nous ouvre les yeux sur la complexité de l’air. En suivant de près son évolution, nous avons pu découvrir le trou dans la couche d’ozone au cours des années 1980, puis prendre des mesures collectives, à l’échelle mondiale, pour la protéger et contribuer à son rétablissement.
Grâce aux observations réalisées au sol, dans l'air ou dans l’espace, la science de l’atmosphère nous a dotés d’outils pour anticiper et surveiller les épisodes de pollution atmosphérique extrêmes, tels que les tempêtes de sable et de poussière, les fumées des feux incontrôlés et d’autres catastrophes qui, sans tenir compte des frontières, touchent des millions de personnes sur tous les continents. La science de l’atmosphère permet aussi aux gouvernements et aux Services météorologiques et hydrologiques nationaux (SMHN) de diffuser des alertes précoces pour préserver les personnes et leurs moyens de subsistance de toute exposition à des niveaux dangereux de pollution atmosphérique. Enfin, elle fournit aux décideurs les informations nécessaires pour agir en connaissance de cause.
Depuis des décennies, l’Organisation météorologique mondiale (OMM) et ses Membres travaillent de concert pour observer, comprendre et surveiller la composition de l’atmosphère. À cet effet, les SMHN leur fournissent des observations régulières, de haute qualité que leur fournissent régulièrement les SMHN, les instituts de recherche et leurs partenaires dans le cadre de la Veille de l’atmosphère globale (VAG) et d’autres programmes de l’OMM.
Ce numéro du Bulletin de l’OMM a pour thèmes l’air et la science de l’atmosphère. Sa lecture révèle l’étendue des activités de l’OMM dans ce domaine et l’utilité de disposer d’observations de longue durée pour que les résultats scientifiques puissent se traduire en mesures concrètes.
Seules des observations soutenues, s’échelonnant sur plusieurs décennies, permettent de comprendre certaines des modifications décisives de notre atmosphère. Les articles sur l’ozone et les gaz à effet de serre retracent l’évolution de la science de l'atmosphère, des premières découvertes aux actuels réseaux mondiaux de surveillance. Ils nous rappellent que les observations menées sur de longues périodes nous ont permis de déceler des menaces telles que le trou d’ozone, l’émission insoupçonnée de substances appauvrissant la couche d’ozone et la progression des gaz à effet de serre dans l’atmosphère.
Les articles sur les tempêtes de sable et de poussière ainsi que sur la fumée des feux incontrôlés donnent la mesure de l’aide que la science de l'atmosphère apporte aux pays pour mieux comprendre, surveiller et prévoir les dangers qui font fi des frontières politiques. Ils montrent à quel point l’amélioration des observations, des prévisions et des systèmes d’alerte précoce est profitable aux autorités soucieuses de se préparer à faire face à des phénomènes susceptibles de perturber les transports, de menacer la santé publique et de nuire à la population – parfois à des milliers de kilomètres de leurs facteurs déclenchants.
Ce numéro nous entraîne aussi dans les coulisses des centres où sont produites les données. L’entretien avec María del Carmen Cazorla Andrade fait ressortir la motivation et la persévérance requises pour mettre sur pied un système d'observations atmosphériques dans une région où les équipements de surveillance font défaut comme en Équateur. L’article sur la station de Chacaltaya nous conduit au sommet des Andes boliviennes, où scientifiques, techniciens et étudiants observent l’air depuis l’une des plus importantes stations d’altitude de surveillance de l’atmosphère en Amérique du Sud.
Ces articles nous rappellent que les observations ne sont pas qu’une affaire de chiffres et d’instruments. Nous les devons à des personnes et à des institutions. Et rien n’est possible sans ressources. De nombreuses régions du monde ne disposent pas encore des infrastructures, des capacités techniques et des fonds nécessaires pour surveiller efficacement l’atmosphère. L'intégralité du système de surveillance en pâtit, car il suffit que les observations fassent défaut dans une seule région pour que toute la planète en subisse les conséquences.
Nous sommes tous reliés par l'atmosphère. Les dangers climatiques ignorent les frontières politiques. La coopération scientifique nécessaire pour les comprendre et les affronter doit faire de même. Dans le cadre de ses programmes, de ses réseaux d’observation et de ses partenariats, l'OMM et ses Membres œuvrent pour renforcer notre compréhension de l’atmosphère.
Nous ne nous préoccupons guère de l’air qui nous entoure jusqu’à ce qu’un problème apparaisse: un ciel voilé par la fumée, une brume orangée, une couche de sable fin sur nos voitures ou des taux de pollution atmosphérique qui nous confinent à la maison. La science de l'atmosphère nous révèle ce qui resterait sinon invisible à nos yeux, muant les observations en connaissances. Et ce sont les connaissances qui nous permettent d’agir.